Lettre Ouverte à l'Association des Oulémas Musulmans Algériens : Manifeste pour l'Algérie Républicaine
Honte à vous. À l’attention des membres de l’Association des Oulémas Algériens,
Où étiez-vous ?
Où étiez-vous cachés dans vos qamis et derrière vos barbes salafistes lorsque nos sœurs, nos filles et nos mères ont été assassinées ? Vous n'avez jamais eu le courage de sortir de votre hibernation et de vos coquilles pour condamner fermement les crimes d'honneur.
Où étiez-vous quand la jeune Rima Anane a été aspergée d'essence et brûlée vive simplement pour avoir refusé une demande en mariage ? Où étiez-vous lorsqu'une mère de trois enfants a subi le même supplice, transformée en torche humaine en pleine rue ? Face à ce massacre, à cette opacité des chiffres et à cette violence barbare qui détruisent des vies algériennes, vos voix sont restées muettes. Vous refusez de publier la moindre fatwa claire pour dire qu'un homme n'a aucun droit de tuer sa femme, sa mère, sa sœur ou sa nièce sous prétexte de protéger son « honneur ».
Où étiez-vous ces derniers jours lorsqu'un citoyen a perdu la vie sur une plage publique, le crâne fracassé après avoir glissé sur des rochers ? Des rochers sciemment enduits d'huile de moteur par des extrémistes endoctrinés par des prêcheurs radicaux pour empêcher les couples de s'asseoir au bord de l'eau au nom du « Nahyou 3ala al mounkar ». La Constitution et les lois algériennes n'interdisent à aucun couple de s'asseoir sur une plage, de partager un café ou de manger une pizza ensemble. Il n'y a là aucune atteinte à la pudeur. Pourtant, face à ce meurtre lâche, votre silence est total.
Où étiez-vous quand des charlatans et des imams radicaux pratiquent des séances de Roqya mortelles, tuant des Algériens en leur ordonnant d'abandonner la médecine moderne, la science et leurs traitements au profit de lectures littérales ? Vous les laissez mourir. Vos imams fonctionnaires utilisent les tribunes des mosquées de la République pour insulter les femmes sans hijab, les traitant d'exhibitionnistes et de créatures maléfiques (« Moutabarijates 3ariyates »), incitant la population à les maudire. Vous créez et encouragez ainsi une milice morale autoproclamée qui agresse, trie et refuse de servir les citoyennes dans nos rues, nos commerces et nos taxis.
Le 1er mai 2026, lors de la Fête du Travail, le Président de la République a prononcé un discours d'une importance capitale. Il a affirmé haut et fort que les hommes et les femmes sont strictement égaux, qu'ils doivent travailler main dans la main, côte à côte, et qu'une femme peut légitimement accéder aux plus hautes fonctions de l'État, y compris celle de Premier ministre. Le Chef de l'État a exigé que l'on rompe définitivement et que l'on reste à l'écart des idées rétrogrades qui paralysent notre société.
Pourquoi n'êtes-vous pas sortis pour soutenir ce message républicain ? Pourquoi votre association n'a-t-elle pas convoqué les médias pour appuyer cette vision de progrès et d'égalité ?
La réponse est claire : votre idéologie, vos enseignements islamiques et vos convictions religieuses refusent de reconnaître la même dignité, les mêmes droits et la même valeur à une femme. Vous préférez vous aligner sur des citations dogmatiques affirmant qu'une nation dirigée par une femme courra à sa perte. Vous croyez qu'une femme ne peut sortir qu'accompagnée d'un tuteur légal. En vérité, vous ne croyez pas en la République. Vous n'avez aucune allégeance envers les lois et la Constitution de la République Algérienne, ni envers la dignité et la vie humaine.
Où étiez-vous depuis la fin de la Décennie noire, alors que les traumatismes de cette tragédie saignent encore et que nos enfants en uniforme continuent de tomber pour protéger le sol de notre patrie ? Des vagues successives d'embuscades et d'attaques terroristes lâchent frappent nos troupes à intervalles réguliers. À la mi-mars 2026, juste avant les célébrations sacrées de l'Aïd el-Fitr, trois de nos jeunes militaires sont tombés en martyrs lors d'une opération antiterroriste majeure menée dans le secteur militaire de Tébessa. Ces jeunes soldats n'ont jamais pu fêter l'Aïd avec leurs familles. Face à ce drame, comme devant chaque militaire assassiné au cours des deux dernières décennies, votre association n'a jamais eu le courage de sortir pour condamner ces agressions terroristes islamistes. Pourquoi n'avez-vous jamais proclamé haut et fort : « Non à la Fitna ! Le sang d'un militaire algérien est strictement interdit et sacré pour un autre Algérien » ? Vous refusez d'exiger de ces groupes criminels qu'ils renoncent à leurs idéologies destructrices importées. Vous restez muets face au sang versé de nos forces de l'ordre, prouvant votre mépris total pour la République et pour ceux qui la défendent.
Où êtes-vous pour préserver l'identité et le patrimoine culturel algérien face à l'invasion d'uniformes étrangers ? Pourquoi restez-vous muets alors que nos tenues traditionnelles séculaires—le Hayak, la robe kabyle, le Karakou, le Caftan et le Badroune, qui incarnent la dignité et l'élégance de la femme algérienne—sont progressivement effacées, étouffées et enterrées par des uniformes importés comme le jilbab et le niqab ? Ce dictionnaire vestimentaire sombre, qui couvre les femmes de la tête aux pieds, ne vient pas de notre histoire : il est importé d'Afghanistan et d'Arabie saoudite et détruit activement l'identité algérienne. De la même manière, pourquoi ne condamnez-vous pas ces uniformes yéménites, émiratis ou saoudiens qui remplacent et enterrent notre traditionnel Burnous algérien ? Aujourd'hui, on voit même de jeunes enfants de 5, 6 ou 10 ans transformés en vecteurs de ces cultures du Golfe que l'Algérie n'a jamais ìconnues. Votre mission proclamée est de défendre l'identité nationale, mais par votre silence, vous cautionnez l'effacement de notre authenticité républicaine et maghrébine au profit d'influences wahhabites et étrangères.
Où étiez-vous lorsque des imams radicaux, payés par le contribuable algérien, utilisaient les tribunes de nos mosquées pour exiger du gouvernement l'ouverture des frontières pour le « Djihad », alimentant ainsi des manifestations spontanées dans la rue où des citoyens réclament de partir se battre en Palestine ? Pourquoi n'avez-vous pas eu le courage théologique et républicain de monter au créneau pour leur dire la vérité ? Pourquoi ne leur avez-vous pas rappelé que le véritable Djihad d'un citoyen algérien se trouve aujourd'hui à nos propres frontières : au Mali, au Niger, là où des groupes terroristes infiltrés menacent l'intégrité de notre territoire, ou dans les maquis et les montagnes de Zbarbar où nos soldats traquent les derniers criminels ? Le seul engagement légitime pour défendre une cause se fait sous l'uniforme officiel de l'Armée Nationale Populaire (ANP), pour protéger la patrie des menaces étrangères. En laissant des prêcheurs manipuler la jeunesse depuis le haut des podiums religieux avec des slogans de guerre extérieure, et en ignorant les menaces réelles qui pèsent sur le sol algérien, vous prouvez une fois de plus que la sécurité nationale et la cohésion de la République ne sont pas vos priorités
Votre allégeance va à un califat islamique imaginaire, à vos chouyoukhs et à vos érudits extérieurs qui vivent hors du pays. Vous donnez votre allégeance à Al-Fawzani, ce vieux Saoudien qui vous dicte vos directives ! Vous donnez votre allégeance à Al-Qaradawi et à Ibn Taymiyya. Vous préférez protéger des dogmes et des fatawas vieux de plusieurs siècles, rédigés par des érudits d'un autre temps qui ne savaient même pas résoudre une équation arithmétique de base, plutôt que de protéger la vie humaine aujourd'hui. Vous portez la barbe longue et le qamis salafiste comme un uniforme politique pour signifier de façon visuelle, implicite et indirecte au peuple que les dirigeants de la République, rasés de près et en costume, sont des débauchés en rupture avec les préceptes du Prophète.
Quelle hypocrisie financière et absolue ! Vous êtes pourtant tous sur la liste de paye de l'État républicain. Vous encaissez des salaires fixes, des bonus, des primes, des logements de fonction et des privilèges matériels financés par le Trésor Public. Cet argent provient des impôts de tous les contribuables algériens : des femmes non voilées, des barmans, des DJ, des commerces de divertissement et des établissements qui vendent de l'alcool. Si vous considérez ces activités comme haram, cela signifie que vos propres salaires contiennent une portion de ce haram ! Vous prenez l'argent pour votre confort, vous profitez de la protection de la police républicaine, et lorsque vous tombez malades, les ambulances publiques vous transportent d'urgence pour vous faire soigner dans nos hôpitaux par des femmes chirurgiennes qui ont la tête découverte.
Mais lorsqu'un groupe de citoyens se rassemble pacifiquement sur un tapis de yoga pour un simple exercice physique, de santé et de paix, vous sortez soudainement de vos coquilles. Vous trouvez l'énergie de convoquer une grande conférence de presse d'urgence pour traquer la paix corporelle et crier au sacrilège. Vous vous acharnez contre le bien-être, qui n'est aucunement une menace, mais vous restez muets face à l'industrie de la violence sociale qui ronge l'Algérie.
Honte à vous. Vous n'aimez pas le peuple algérien. Vous laissez le peuple mourir et s'entre-déchirer pour préserver votre contrôle moral. Politique et théologie ne passeront jamais avant l'intégrité de nos citoyens. Sachez que l'histoire, le peuple algérien, les lois de la République et Dieu vous jugeront pour vos priorités et votre complicité.
Vive la République Algérienne, et longue vie au peuple algérien !
Amzoun, le 9 juillet, 2026Agronome, Sociologue et Nutritionniste.© amzoun 2026 all rights reserved

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