Les Engrais Chimiques et Pesticides en Algérie : Le Second Front de l’« Iltizam Watani »
Les Engrais Chimiques et Pesticides en Algérie : Le Second Front de l’« Iltizam Watani »
Introduction : La terre, berceau de notre santé ou de nos maladies
Après avoir alerté sur les dérives des conservateurs alimentaires en usine, il est de mon devoir d'expert d'attirer l'attention de Mme la Ministre du Commerce Intérieur (Amel Abdelatif) et des autorités de l'Agriculture sur l'amont de notre chaîne alimentaire. La protection du consommateur, cet « Iltizam Watani » (Engagement National), ne peut s'arrêter aux portes des usines ; elle commence dans nos champs. Aujourd'hui, l'usage incontrôlé et non professionnel des pesticides, herbicides, fongicides et engrais chimiques constitue une menace invisible mais dévastatrice. Ce que nous mettons dans notre sol aujourd'hui, nous le retrouverons dans nos assiettes et dans nos hôpitaux demain.
1 - L’amateurisme technique : Une arme chimique entre les mains de personnes non qualifiées
L'agriculture moderne est une science de précision qui ne supporte pas l'improvisation. Pourtant, sur le terrain, nous observons un fossé béant entre la technologie chimique et la compétence de ceux qui la manipulent.
"L’Iltizam Watani au-delà des usines : Sécuriser nos champs pour protéger nos assiettes." Amzoun.
1- Le constat de Oued Rhiou : Il y a deux ans, lors d'un direct sur les réseaux sociaux, j'ai reçu le témoignage d'un fellah de l'ouest algérien. Cet homme recevait des sacs d'engrais chimiques du département de l'agriculture, mais il ignorait tout des notions de base : il ne connaissait pas la différence entre un périmètre et une surface, ne savait pas ce qu'était un hectare, et était incapable de calculer une dilution à 1 % ou 3 %.
2- Le danger du dosage « à l'œil » : Donner des produits chimiques puissants à une personne qui ne maîtrise pas la règle de trois ou la distinction entre un gramme et un milligramme est une erreur criminelle. Un agriculteur qui ne sait ni lire ni écrire ne peut pas manipuler ces produits. Le département de l'agriculture devrait imposer un test de compétence : pour cultiver et manipuler ces substances, il faut justifier d'un certain niveau d'instruction. Sans la notion de PPM (Partie Par Million), le milligramme, les regles de conversions, les dillutions , l'agriculteur finit par saturer les fruits et légumes de substances toxiques bien au-delà des normes admissibles.
3- L’importance de la technique de pulvérisation : Certains pesticides ou fongicides nécessitent un équipement spécifique comme un pulvérisateur adéquat muni de buses spécifiques. Chaque buse possède un débit précis qui détermine la quantité de produit pulvérisée par unité de surface. Si l'on ne maîtrise pas le choix de la buse et la pression d'air, il est impossible de garantir une distribution homogène du traitement. Un mauvais réglage sature les récoltes de résidus chimiques. Le département de l’agriculture doit s’assurer que toute personne manipulant ces produits soit équipée de matériel aux normes, documenté et adapté à chaque type de traitement. Au-delà de l'équipement, les agriculteurs doivent recevoir une formation spécialisée sur la toxicité de ces produits et les limites admissibles.
2 - L’Investissement vs l’Expertise : Une Obligation Légale
Un investisseur a le droit d'investir son argent dans une exploitation agricole. Mais s'il n'a pas l'expertise, il a l'obligation d'embaucher quelqu'un qui possède cette expertise. Le gouvernement doit imposer à celui qui n'a pas de diplôme en agriculture d'embaucher un expert ou un technicien certifié, car il manipule des produits chimiques. C'est la nourriture qu'il produit dans son champ ; il ne la mange pas seul avec sa famille, il nourrit les autres. Si ce que vous produisez est vendu à un consommateur, le gouvernement doit intervenir pour protéger ce dernier.
3 - Souveraineté et traçabilité : Le monopole d’État sur les intrants
L'importation des pesticides et des engrais chimiques est une question de sécurité nationale qui ne doit plus être laissée au secteur privé.
"Agriculture et Santé Publique : Pourquoi l'Algérie doit instaurer un contrôle strict des engrais chimiques et Pesticides."
1 - Importation gouvernementale exclusive : Pour garantir la pureté et la conformité technique (différence entre Grade Alimentaire et Industriel), seul l'État doit importer ces substances. Cela permet une maîtrise totale de la traçabilité et de l'origine. L'État doit posséder la fiche technique de chaque produit pour garantir qu'ils n'ont pas été altérés ou falsifiés.
2 - La Carte d'Utilisateur Professionnel :
( pour d'engrais, chimiques et Pesticides fangicides) Aucun sac d'engrais chimique ni bidon de pesticide ne doit être vendu sans une carte prouvant que l'exploitation est sous la supervision d'un scientifique. Le gouvernement doit monitorer les quotas : une ferme ne doit acheter que la quantité strictement nécessaire à sa surface réelle.
4 - La sécurisation du stockage : Une priorité de sécurité publique
Toute exploitation utilisant des engrais chimiques, des pesticides ou des fongicides doit impérativement disposer d'un local de stockage dédié. Ce local doit être une construction solide (briques et béton), équipée d'une porte métallique sécurisée. À l'intérieur, les produits doivent être conservés dans des fûts en plastique hermétiquement scellés. Il est strictement interdit par la loi de détenir des substances chimiques sans un étiquetage clair et précis (sticker/label). Tout doit être verrouillé dans des armoires métalliques, hors de portée des enfants. Cette mesure est vitale : en cas d'inondation, ces produits ne seront pas emportés, évitant ainsi une contamination massive des sols et des nappes phréatiques.
5 - Transport et Sécurité Nationale : Contrôle des Itinéraires
Le transport est une opération à haut risque. Certains engrais chimiques peuvent être détournés pour fabriquer des explosifs. Leur mouvement doit exiger un permis spécial de la Gendarmerie Nationale, de la Police ou du Ministère de l'Intérieur, définissant un itinéraire strict d'un point A à un point B. Le transporteur ne doit jamais quitter sa trajectoire. En cas d'accident, la signalisation claire sur les camions permettra à une unité spécialisée (Hazmat) d'intervenir immédiatement pour nettoyer le site avant l'infiltration des poisons dans les eaux.
Conclusion : La science au service de l'Iltizam Watani
Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, protéger le citoyen, c’est protéger l’économie nationale. Le coût des soins hospitaliers dépasse largement celui d'un contrôle rigoureux. J'invite les autorités à instaurer une Commission Mixte pour harmoniser nos normes avec le Codex Agricole. Il est temps de retirer les produits chimiques des mains des amateurs pour les confier à ceux qui savent les manipuler.
"L’investissement donne le droit de. posséder une terre, mais seul l’expert a le droit d’y manipuler la chimie. Quand un agriculteur vend sa récolte, il ne nourrit plus sa famille, il engage la santé d'une nation entière devant l’État." Amzoun
Amzoun 27 Mars 2026
Agronome, Sociologue & Nutritionniste
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