Manifeste pour l’Algérie Républicaine : Face au Silence Coupable des Autorités Religieuses

Introduction : L'Heure du Choix pour l'Algérie

Notre nation fait face à un choix historique crucial. Alors que quarante-huit millions d'Algériens aspirent à la paix, à la justice et à la modernité, un fossé dangereux se creuse au cœur de nos institutions. Ce manifeste est un appel direct au réveil citoyen. Il met en lumière une contradiction devenue insupportable : le silence complice des autorités religieuses de l'État — notamment le Haut Conseil Islamique et les imams fonctionnaires — face à la destruction de nos valeurs républicaines. Il est temps de regarder la réalité en face pour reconstruire notre unité nationale.

Chapitre 1 : Les Victimes Invisibles et le Silence Complice des Chiffres

L'horreur s'est installée en Algérie comme une banalité effroyable. En tant que créateur de contenu sur les réseaux sociaux, je suis profondément indigné et révolté par la violence et les meurtres qui secouent notre pays, et plus particulièrement la violence contre les femmes. Il y a quelques jours à peine, une mère de trois enfants a été aspergée d'essence et brûlée vive au milieu de la rue. Ce n'est pas un fait divers isolé, ni la première femme à mourir ainsi. Quelques années auparavant, une autre jeune femme a subi exactement le même supplice, transformée en torche humaine pour le simple crime d'avoir refusé une proposition de mariage.

Ce sont des crimes d'honneur, une violence indicible contre nos mères, nos sœurs, nos filles et nos voisines. Pourtant, l'État s'enfonce dans une opacité totale : si vous cherchez dans les médias, vous constaterez que les autorités algériennes refusent de publier les statistiques réelles. Combien de femmes ont été tuées, battues ou brûlées par leur mari, leur frère ou leur père ? C'est une folie totale. En dissimulant ces chiffres, le pouvoir se rend complice de l'invisibilisation de ces martyres. Briser ce silence complice autour des chiffres est le premier pas indispensable pour stopper ce massacre. Vous n'avez aucun droit de tuer votre femme, votre mère, votre sœur ou votre nièce parce que vous estimez qu'elle a porté atteinte à votre honneur.

Chapitre 2 : La Contradiction Institutionnelle et le Scandale de la Liste de Paye

L'Algérie se revendique comme une République démocratique. À ce titre, elle finance un appareil religieux gigantesque aux frais du contribuable. En dehors du ministère des Affaires religieuses, notre pays compte le Haut Conseil Islamique (HCI) avec ses 15 membres éminents nommés directement par la Présidence, le Conseil national du Mufti (Majlis al-Fatwa), et l'Association des oulémas musulmans algériens. Des centaines de membres d'élites, des milliers d'imams et de prédicateurs à travers plus de 18 400 mosquées.

L'hypocrisie financière est totale : ils sont tous sur la liste de paye de l'État algérien. Ils reçoivent des salaires fixes, des bonus, des primes, des logements de fonction et tous les privilèges matériels que le gouvernement peut leur accorder. Ils profitent pleinement de la protection de la police républicaine et des forces de l'ordre ; si l'un d'eux appelle, la police se précipite immédiatement à son service. S'ils tombent malades, les ambulances publiques les transportent d'urgence dans nos hôpitaux pour y être soignés par des femmes chirurgiennes qui, très souvent, ne portent ni voile ni hijab.

Pourtant, le Trésor Public qui paie leurs privilèges est alimenté par les impôts de tous les contribuables algériens : des femmes non voilées, des barmans, des commerces de divertissement, des DJ et des établissements qui vendent de l'alcool. Si ces clercs considèrent ces commerces comme haram, cela signifie que leur propre salaire de fonctionnaire contient une portion de ce haram ! Ils prennent l'argent, mais ils refusent de tenir une conférence de presse ou de publier un décret religieux (fatwa) pour s'adresser au peuple. Ils choisissent de se taire et de laisser les Algériens se battre et s'entre-déchirer dans les rues.

Chapitre 3 : La Milice Morale, l'Incitation au Crime et le Code Pénal

Pendant que les autorités religieuses officielles gardent un silence lâche, l'espace public est abandonné aux radicaux. Nous entendons des citoyens attaquer les femmes verbalement et physiquement dans la rue sous prétexte qu'elles ne courent pas leurs cheveux. Des imams extrémistes utilisent les tribunes des mosquées de la République pour insulter les femmes sans hijab, les traitant d'exhibitionnistes, de nues, de créatures maléfiques, et appelant publiquement la population à les maudire.

Cette dérive s'est transformée en une véritable police des mœurs autoproclamée. Un chauffeur de taxi à longue barbe s'octroie le droit de punir ou de refuser une cliente parce qu'elle ne porte pas le hijab. Des commerçants extrémistes, affichant des marqueurs visuels radicaux sur le visage, trient leurs clients et refusent de servir des femmes non voilées. Récemment, un jeune homme est mort sur une plage publique parce que des extrémistes ont versé de l'huile de moteur sur les rochers pour empêcher les couples de s'installer, appliquant par la force leur règle du « Nahyou 3ala al mounkar » (changer le blâmable par la main).

Pourquoi le Haut Conseil Islamique ne convoque-t-il pas les médias pour rappeler que l'article 254 du Code Pénal algérien interdit formellement d'entraver l'activité économique, commerciale ou le travail d'un citoyen ? J'insiste volontairement sur cet article précis de la loi pour dénoncer ces groupes extrémistes et ces polices morales autoproclamées. Ce sont eux qui tentent de bloquer, d'intimider ou de fermer des commerces légaux — comme les bars, les boîtes de nuit ou les festivals de musique — sous le seul prétexte que ces activités ne correspondent pas à leur vision religieuse et qu'ils les jugent immorales ou haram. La Constitution garantit la liberté de circulation et de commerce. Un homme et une femme non mariés ont le droit absolu de prendre un café, de partager une pizza dans un restaurant ou d'occuper un espace à la plage sans être harcelés par des radicaux. Dieu, la loi, la moralité et la raison l'interdisent. En refusant de publier une fatwa claire, ces chefs religieux s'opposent aux droits que la République accorde à ses citoyens. Ils refusent de dire qu'une femme voilée et une femme non voilée sont strictement égales devant la loi et la Constitution algérienne. Ils se taisent parce que leurs convictions religieuses refusent de reconnaître les mêmes droits et la même dignité à une femme qui ne porte pas le hijab ( considérées comme des
Moutabarijates 3ariyates/ exebitionistes)

Chapitre 4 : La Guerre des Signes et la Fracture Sémiotique

Nous assistons à un schisme sociologique profond, une guerre ouverte des signes et des slogans. D'un côté, le Président de la République, ses ministres et les gouverneurs (walis) s'affichent rasés de près, nets, en costume-cravate républicain. Ils serrent la main de femmes hauts gradés de l'Armée (ANP), de la Gendarmerie et de la Police qui servent dignement la nation la tête découverte, des Majistrates et des femmes juges. De l'autre côté, les autorités religieuses payées par l'État arborent la barbe longue et le qamis salafiste comme un uniforme politique, enseignant que raser la barbe fait d'un homme un fasiq et resemblant une femme  (un débauché). Ils disent ainsi au peuple, de façon visuelle et implicite et indirecte , que les dirigeants de la République sont des pécheurs qui veulent pas resembker su Prophète et sont en rupture avec les préceptes du Prophète.

Ce schisme et ce refus d'allégeance se sont manifestés de manière flagrante le 1er mai 2026, lors de la Fête du Travail. Ce jour-là, le Président algérien a prononcé un discours d’une importance capitale, affirmant haut et fort que les hommes et les femmes devaient travailler main dans la main à égalité, insistant sur la nécessité absolue d'abandonner les idées rétrogrades qui paralysent la société. Il a ouvert explicitement la voie pour qu'une femme puisse un jour accéder à la position suprême de Premier ministre. C’était un projet de société décisif. Pourtant, face à cet appel présidentiel à s'éloigner des mentalités rétrogrades, le silence a été total. Aucune autorité religieuse, aucun imam, aucun membre du Haut Conseil Islamique n'a daigné prendre la parole, faire une conférence de presse ou publier un communiqué pour soutenir le Chef de l'État dans son programme.

Ce refus de soutien n’est pas un simple oubli administratif, il est profondément ancré dans la littérature islamique conservatrice que ces fonctionnaires refusent de remettre en question. En restant silencieux, ils s'alignent secrètement sur le célèbre hadith théologique : « Lan yaflaha qawmun wallaw amrahum imra'ah » (Jamais ne réussira un peuple qui confie ses affaires à une femme). Pour ces clercs, l'idée même d'une femme Premier ministre à la tête de la nation est une hérésie textuelle. Leurs dogmes imposent la stricte règle de la tutelle masculine (Qawamah), affirmant qu'une femme doit rester au foyer et ne peut quitter sa maison sans l'autorisation d'un tuteur masculin. Certains de leurs savants radicaux vont même jusqu'à enseigner que l'argent gagné par le travail d'une femme est impur ou interdit (haram).

Leur allégeance va exclusivement à leur dogme, à leurs doctrines et aux érudits musulmans des siècles passés, jamais à la Constitution. Ce sabotage se prolonge sur le terrain économique : l'État donne des facilités de crédit pour les logements ou les voitures, et ces imams fonctionnaires hurlent au péché d'usure (riba), paralysant l'essor de la nation. L'État algérien finance des agents qui rejettent sa propre feuille de route.

Chapitre 5 : Le Traumatisme Historique et le Serment Civique Obligatoire

Cette apparence physique et ces vêtements ne sont pas des choix neutres de piété. Ils portent le traumatisme et l'histoire sanglante de la Décennie Noire et ses 300 000 morts. Pour la veuve d'un officier supérieur de l'armée qui a vu son mari égorgé sous ses yeux par un extrémiste barbu, ou pour l'orphelin d'un policier assassiné, cette apparence est le visage du bourreau. Si ces autorités religieuses respectent l'Algérie et la mémoire de ses martyrs, elles doivent s'aligner sur l'État, unifier leur apparence avec les institutions et cesser d'endoctriner les citoyens dans les mosquées, les écoles et à la télévision pour qu'ils n'obéissent qu'aux prêcheurs.

L'allégeance ne peut plus être double. Si un militaire, un policier ou un juge doit jurer fidélité à la patrie, le corps religieux émargé au budget de l'État doit être soumis à la même obligation. S'ils ne sont pas prêts à défendre cette nation et à soutenir les lois républicaines, qu'ils démissionnent, qu'ils s'en aillent, qu'ils prennent leur retraite et qu'ils libèrent leurs postes et leurs salaires ! Nous exigeons l'instauration immédiate d'un serment civique obligatoire. Chaque imam, mufti et membre du Haut Conseil Islamique devra lever la main devant la Nation et jurer :

« Je donne allégeance au gouvernement algérien, à la loi algérienne et à la Constitution algérienne. Je donne allégeance au Président de la République, aux ministres et aux gouverneurs. Je suivrai leurs instructions et je respecterai les directives du Président, des ministres et des walis. Je protègerai la Constitution algérienne et la loi algérienne contre tout ennemi, domestique ou étranger. »

Si un clerc refuse ce serment ou travaille contre la direction prise par la République, qu'il soit destitué et chassé sur-le-champ. Les autorités républicaines et l'élite doivent mettre la pression. Assez c'est assez.

Conclusion : Pour une République Unie et Souveraine

Face aux crises qui menacent notre cohésion sociale, laisser les choses ainsi en fermant les yeux n'est plus une option. La République ne peut plus financer son propre affaiblissement ni payer des fonctionnaires qui deviennent une partie du problème par leur silence. En exigeant la clarté, la transparence et une allégeance unique envers les lois de la nation, nous ne faisons que défendre l'avenir de nos enfants. Ce manifeste est la feuille de route pour restaurer la confiance collective. Ensemble, affirmons la primauté de la loi républicaine pour une Algérie forte, juste, unie et définitivement souveraine.

« La République algérienne ne peut plus payer avec l'argent du contribuable des fonctionnaires de la foi qui refusent de défendre sa Constitution et l'égalité de ses citoyennes. »
Manifeste pour l’Algérie Républicaine (Amzoun, 2026)

Amzoun, le 12 juillet,  2026
Agronome, Sociologue et Nutritionniste.
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